Face à l’irrémédiable. Conditions politiques d’un travail analytique
Écritures du soin
20 novembre, 2025

Le titre dit déjà l’essentiel : il y a des choses que l’analyse ne répare pas. Pas par échec, mais par structure. Sur la couverture, des ruines de pierre ocre sous un ciel bleu — un arbre solitaire qui a poussé malgré tout, entre les blocs effondrés. L’image ne crie pas. Elle reste là, debout dans le manque.

Janine Altounian sait de quoi elle parle. Née à Paris de parents arméniens rescapés de 1915, germaniste, co-traductrice des Œuvres complètes de Freud aux PUF sous la direction de Jean Laplanche, elle a consacré une vie entière à ce que les mots transmettent quand ils ne suffisent plus. Ce livre est peut-être le plus personnel — et le plus politique — de tous.

Ce qu’elle nomme « l’irrémédiable », ce n’est pas la mémoire du désastre. C’est quelque chose de plus insaisissable : le fantôme d’un temps qui n’a pas pu advenir. Ce qui se transmet aux descendants des survivants n’est pas ce qu’on a perdu, mais l’empêchement même — l’impossibilité de s’installer dans une langue, une maison, une vie affective continue. Trois objets que la rupture violente a endommagés en profondeur, et dont les fissures traversent les générations sans se nommer.

Mais ce livre est aussi un témoignage. Celui d’une France d’accueil qui avait offert des conditions — analytiques, politiques, humaines — permettant à ce travail d’avoir lieu. Et dans sa seconde partie, Altounian cherche désespérément à sauver cette confiance-là, à l’heure où ce pays qu’elle avait aimé vacille sous ses propres crises.

Aux éditions des crépuscules, un livre qui tient ensemble la rigueur clinique et l’intime blessure — et qui ne prétend pas guérir ce qui ne se guérit pas.

4ème de Couverture : FACE À L’IRRÉMÉDIABLE – CONDITIONS POLITIQUES D’UN TRAVAIL ANALYTIQUE

Janine Altounian parle dans ce livre de cet irrémédiable qui demeure, malgré tout travail analytique « réussi », chez les héritiers des apatrides des années 20, survivants du génocide arménien de 1915 ou de tout autre crime de masse.

Elle pointe l’interruption violente d’un temps qui ne put advenir en ces survivants, met en évidence le fantôme de ce « non-advenu » dans le temps de leur histoire dont la blessure irrémédiable se vit en un empêchement transmis tel quel à leurs descendants ; ce qui se transmet étant moins la mémoire de ce qu’ils ont perdu que l’empêchement de ce qui n’a pu avoir et trouver lieu en eux dans la dispersion et l’exil.

Elle étudie l’endommagement par cette rupture violente dans la continuité de leur vie de trois objets d’investissement : la langue, la « maison » et l’expression des affects.

Son élaboration intéresse les cliniciens par sa dimension politique car elle est en même temps un témoignage des conditions favorables que lui avait offertes une certaine France d’avant les multiples crises actuelles.

Dans la seconde partie de ce livre, elle cherche à sauver désespérément une certaine confiance dans ce qui reste de son « pays d’accueil » qu’elle avait aimé puisqu’il la sauvait de l’emprise du traumatique.

BIOGRAPHIE : Janine Altounian, germaniste, essayiste, née à Paris de parents arméniens rescapés du génocide de 1915, travaille sur la traduction de ce qui se transmet d’un trauma collectif aux héritiers de survivants. Elle est l’auteure de plusieurs ouvrages sur la transmission traumatique, sur la langue de Freud, a été co-traductrice des Œuvres complètes de Freud aux Puf et responsable de l’harmonisation des traductions sous la direction de Jean Laplanche.

SOMMAIRE :

PROLOGUE
 
L’ÉCOLE LAÏQUE DE LA RÉPUBLIQUE ET LA LANGUE

LE POLITIQUE ET LA MAISON

 LES AFFECTS EMPÊCHÉS ET LE POLITIQUE

 LA FÉCONDITÉ D’UNE IMPUISSANCE POLITIQUE
 
LES STRATÉGIES DU DÉTOUR
 
ÉPILOGUE