Psychanalyse, Lieux de Mémoire et Traumatismes collectifs

Cet ouvrage collectif a été publié aux édtions italiennes Frenis Zero en juillet 2020 avec les contributions de René Kaës, Predrag Matvejević, Julia Kristeva, Marie Rose Moro, Janine Altounian, Silvia Amati Sas, Werner Bohleber, Mayssa El Husseini, Rita El Khayat, Yolanda Gampel et Anne Loncan.
Contribution de Janine Altounian : "Face au négationnisme, rôle des instances tierces dans la vie psychique et politique des héritiers de survivants"

L’identité, tant dans sa dimension individuelle que collective, semble une construction et élaboration continue de mémoires qui sont accueillies dans des lieux qui, en tant que espaces où aller dans un va-et-vient, parcourent les vies des hommes pendant toute la durée. Se retrouver dans les lieux de sa propre mémoire semble une manière originale de traiter le sujet de l’”id-entité”; mais à ce point il faut tout d’abord le circonscrire: en introduisant un tiret, il faut prendre en considération le “id” (le ça), c’est à dire la dimension inconsciente de l’id-entité. Et donc, ce sont la psychanalyse, comme pensée sur l’inconscient, et les psychanalystes à qui on peut poser la question: “Peut la psychanalyse nous aider à comprendre ce dialogue entre lieux de mémoire et id-entité?”. Cette question s’inspire de deux différentes sources: l’importance des ‘biographies de l’inconscient’, ainsi que celle du partage de la mémoire, voire celle de l’acte de se souvenir, pour qu’elle maintienne sa significativité.

L’historiographie est certes une revisitation critique du passé, aspirant à une image totale de celui-ci. Elle n’est pas sélective comme le sont les souvenirs personnels, sans avoir complètement le caractère de la fixité et de l’immutabilité psychopathologique qui ont les souvenirs traumatiques. Toutefois, ce qu’est irremplaçable dans l’acte de se souvenir, et en particulier dans celui de “se souvenir ensemble”, est la configuration d’un climat émotionnel unique, on dirait empathique, parfois même ambivalent. La communauté affective provoquée par l’acte de “se souvenir ensemble” devient symbolique d’un groupe donné car il se constitue à travers des personnes qui ont developpés chacune un itinéraire de différentes histoires individuelles au cours du temps, mais qui à ce moment-là réussissent à se reconnaître et à se réunir. Bien sûr parler de mémoire signifie aussi se mesurer avec le problème de l’usage que un certain groupe, détenteur d’un pouvoir politique ou économique, peut faire d’une telle mémoire. Ce livre est dédiè à la mémoire de Predrag Matvejević, un historien et écrivain qui a consacré beaucoup de ses œuvres à la Méditerranée, mais qui était aussi très intéressé à la psychanalyse.